Depuis plusieurs mois, je travaille avec des dizaines d’entrepreneurs beaucerons pour mettre au monde la première École d’entrepreneurship de Beauce. À titre de chercheure en entrepreneuriat, je dois avouer que je bénéficie d’un grand privilège. J’expérimente une immersion complète dans un environnement entrepreneurial renommé, j’y crée une école d’élite pour entrepreneurs. Parallèlement, j’y redécouvre les traits de personnalité des entrepreneurs à succès et ceux qui caractérisent les sociétés entrepreneuriales. Rien de mieux pour se frotter à la réalité.
Les Beaucerons, ces entrepreneurs
Les Beaucerons ont compris depuis longtemps que les emplois pour leurs habitants sont créés par eux-mêmes. Je ne sais pas combien de fois je l’ai entendu de la bouche des acteurs du terrain. Dans mon jargon, je dirais que cette vision du développement économique est partagée par les grands et les moins grands décideurs, la définition même d’une communauté entrepreneuriale. Cette croyance se transpose dans un profond besoin de contrôler sa destinée, de garder le contrôle de ses entreprises sur le territoire. C’est la meilleure façon d’assurer des décisions respectueuses des travailleurs, des fournisseurs et compétiteurs locaux et des habitants. C’est une dominante culturelle forte qui se transpose aussi sur le plan individuel. Si mon voisin peut être un P.D.G. alors je le peux aussi. De la même façon, si nos voisins sont capables de produire tels ou tels biens, alors nous le pouvons aussi. Besoin de contrôle et d’autonomie!
Risque, ambition et confiance!
Vient ensuite une capacité tout aussi individuelle et collective de conjuguer avec le risque, avec des éléments flous qui s’inscrivent toutefois dans une vision à long terme bien claire, affirmée et comprise de tous. Dans le cas du projet d’EEB, celle du président fondateur de l’école, Marc Dutil, est claire : La ville de St-Georges peut devenir le « Princeton » de l’entrepreneurship avec la création d’une école de haut niveau pour former la relève entrepreneuriale et accélérer le développement des entrepreneurs. — La ville de Princeton accueille l’une des plus grandes universités au monde et elle compte une population de moins de 20 000 habitants. Il n’est pas question ici d’un projet peu ambitieux. J’ai déjà vu des projets anéantis par le simple dénigrement public de certains médias ou groupes d’intérêt. Des villes où il est interdit de voir grand et d’être ambitieux. Les Beaucerons croient en eux. Ils croient en leurs capacités de faire arriver les choses, les petites comme les grandes.Â
Évidemment, un tel projet ne se réalise pas seul. Depuis plus d’un an, nous recrutons jour après jour des gens qui ont envie de se greffer au projet. J’ai pu constater à quel point l’entraide et la solidarité sont des valeurs importantes chez les Beaucerons. Certes, nous travaillons un projet collectif, mais ce désir de collaborer vient spontanément et est un réflexe bien présent. C’est une forme de mentorat collectif, de coaching de groupe. Je suis convaincue qu’un jeune entrepreneur qui se lance en affaires en Beauce trouvera des conseils, un réseau, une écoute et sans doute des anges financiers.  L’esprit de la  communauté pousse le vent dans la direction de l’entrepreneuriat et de l’action – pas du statu quo.
Ce jeune entrepreneur puisera dans sa communauté de la fierté à entreprendre et à oser. C’est la fierté d’être entrepreneur dans l’âme et d’avoir la capacité de livrer dans l’action qui soudent les uns aux autres dans ce grand projet et dans bien d’autres projets, d’ailleurs. Les entrepreneurs beaucerons sont fiers d’être entrepreneurs beaucerons, fiers du succès des autres comme du leur.Â
Cette fierté trouve souvent ses racines dans leur histoire familiale. Entrepreneurs et ce, de génération en génération. J’ai rarement rencontré une telle fierté dans un clan familial. L’esprit de famille est partout, avec les défauts de ses qualités. Si tes grands-parents ont gaffé… possible que cela te revienne sur le nez. Ce n’est pas parfait, mais au bout du compte on privilégie l’harmonie au conflit parce que demain matin, tous se retrouvent à la même table pour le déjeuner, à la même épicerie ou au même party. Cet esprit de famille induit autre chose de plus fondamental, ce qui, je crois, touche le cÅ“ur des motivations pousant à  créer et à supporter cette école d’entrepreneurship : Il y a dans cette région une responsabilité intergénérationnelle; ce souci de transmettre ses forces, son expérience à la prochaine génération. Selon vous, comment l’École d’entrepreneurship de Beauce a-t-elle pu amasser 1,3 M$ en dons, en Beauce seulement, pendant la pire récession?
Enfin, n’oublions pas que c’est surtout le travail qui figure comme la clé de la réussite de l’entrepreneuriat beauceron. C’est plus qu’une valeur forte et partagée. C’est la condition de base de la réussite : l’effort et l’action.
Quelle est la recette de ce miracle beauceron? La vision, l’entraide, la confiance, le travail, la résilience, l’audace, l’esprit de famille, le besoin de garder le contrôle de ses entreprises pour préserver les valeurs qui les habitent. Des ingrédients que nous tenterons assurément de transmettre dans notre future école des entrepreneurs, l’École d’entrepreneurship de Beauce.

Excellent article ! Ces qualités sont bien présente dans cette région. J’ai pu m’en rendre compte après avoir fréquenter un certain nombre de personne de cette région. Et si on pouvait en acheter une caisse au dépanneur ?
Cet article est rafraichissant et très motivant!
Il porte aussi à se dire que nous avons maintenant la responsabilité, nous les jeunes Beaucerons, de conserver cette bonne réputation bâtit par nos prédécesseurs en posant les bonnes actions. Son avenir dépends de nous et la tâche que demande le maintient de cette réputation est très intéressante.
Merci Mme. Riverin …
Un outils comme celui de l’école d’entrepreneurship de Beauce est merveilleux.
Charles Lessard, Sainte-Marie de Beauce