Au printemps, les commerces bourgeonnent. Durant l’été, c’est l’effervescence. À l’automne, certains commerçants connaissent un ralentissement et d’autres ne passent tout simplement pas l’hiver. Quand la nuit est sombre, les étoiles sont plus brillantes (c’est une phrase qui me vient de Bill Aulett, prof. au MIT entrepreneurship Center de Boston). C’est ce que l’on observe tous les hivers et plus encore en période de récession.
Suivant le cycle des saisons, sur les rues les plus achalandées, le scénario se répète. Même genre de lieu, même type de commerces, même pattern. Coup donc! Au printemps dernier, j’ai vu de l’innovation. Dans un ancien commerce d’esthétique, des (entrepreneurs) ont créé le restaurant du « Grilled cheese ». Wow. Il y a des gens, sur ma rue, qui se sont lancés en affaires, ont investi de l’argent, ont probablement mobilisé leurs amis et leurs familles, se sont peut-être engagés devant une institution financière et ont embauché des employés pour vendre des « Grilled cheese », exclusivement. Au fromage orange, au fromage jaune, au fromage suisse, au gouda, pain blanc, pain brun, etc. Attention, pas n’importe quel « Grilled cheese », des « Grilled cheese » à 6 $.
Je me suis tout de suite questionnée sur la logique de création de (l’entrepreneur) et sur son profil. Est-ce qu’il a fait un plan d’affaires? A-t-il consulté un comptable? A-t-il un baccalauréat en administration? Un DEP en cuisine? Est-il associé avec sa blonde, qui fait les meilleurs « Grilled cheese » du monde? Sont-ils marié? Ont-ils une maison? De combien ontt-ils hypothéqué leur maison? Met-il les « Grilled cheese » dans un coffre en bois? Dans un sac avec du parfum? Un verre de vin gratuit à l’achat de deux?
S’est-il dit que s’il payait un pain 3 $ et un paquet de fromage 3 $, il pourrait en faire 20. En les vendant 6 $, il dégagerait des recettes nettes de 114 $ pour 20 unités vendues? Peut-être a-t-il plutôt fait le calcul des dépenses : avec un loyer à 900 $ par mois (assurément, compte tenu de la localisation et de l’achalandage), un prêt à rembourser de 300 $/mois (assurément, car la pièce a été rénovée au complet) et un employé en permanence 9 heures par jour 7 jours sur 7 (1 800 $), donc pour un total de 3 000 $ par mois, il n’aurait qu’à vendre 500 unités par mois ou 16,6 par jour pour atteindre le seuil de rentabilité.  Facile. Avec un pain et un paquet de fromage vendu par jour, l’affaire était dans le sac.
Tout l’été, je me suis demandé qui étaient ces gens qui achetaient des « Grilled cheese » à ce prix. Pas de frites, pas de salade, rien. Quelqu’un qui n’a pas la recette? Deux tranches de pain, avec du beurre d’un côté et du fromage au milieu, 5 min dans la poêle des deux bords. Qui donc encore s’habillerait, se déplacerait, pour payer 6 $ un produit qui coûte l’équivalent de 25 cents à faire et que n’importe quel enfant de 10 ans est capable de cuisiner lui-même? Visiblement, pas grand monde… puisque le commerce a fermé 6 mois plus tard. Il a même fermé avant l’automne. Avant la récession.
Il y a au Québec des centaines d’organismes d’aide à l’entrepreneuriat. CLD, SADC, SAGE, CJE, CDEC, etc. Ces gens qualifiés sont là pour vous, messieurs et mesdames, qui caressez le rêve d’ouvrir une entreprise. Est-ce que notre entrepreneur en « Grilled cheese » a consulté un de ces organismes? C’est probable. Gageons qu’il n’était éligible à aucun programme.Â
Je crois profondément au potentiel de l’entrepreneuriat, à la débrouillardise des entrepreneurs. Mais il y des limites. Parmi les 65 % des entreprises qui ne traversent pas la cinquième année, il y a de ces commerces de « Grilled cheese à 6 $ ». Des entreprises qui n’auraient probablement pas dû voir le jour.
Mais il y a aussi une faille dans le système d’accompagnement à l’entrepreneuriat. En effet, c’est dans le commerce de détail que nous observons le plus haut taux de faillites commerciales. Pourtant, dans la très grande majorité des organismes du Québec, il n’y a pas d’aide dans ce secteur. Pas d’argent, pas d’accompagnement. Une simple discussion avec notre entrepreneur aurait peut-être été salutaire! J’ai souvent entendu dire ceci : « Nous cherchons les bons prometteurs et les bons projets ». Est-ce vraiment productif d’aider les plus débrouillards?
Qu’en pensez-vous?

Tu soulèves un bon point Nathaly. Les conseillers sont souvent pris entre l’arbre et l’écorce. Entre un organisme qui carbure aux projets « démarrés » et des entrepreneurs à qui on demande trop prestement de faire un plan d’affaires.
Je suis un entrepreneur en clôture de financement. C’est un projet de moyenne ampleur mais la facture des différents professionnels au dossier (avocat, comptable, etc.) s’élève à plus de 40,000 $. Même si mes connaissances et mon expérience me permettent de me débrouiller sur plusieurs aspects, ces derniers sont incontournables.
Pour me rendre à cette étape j’ai du développer un concept, le tester, faire une analyse de marché, monter un plan d’affaires, rechercher des partenaires et des appuis commerciaux, etc.
Les différents organismes d’aide m’ont orienté vers d’autres organismes, m’ont offert des modèles, m’ont référé à des spécialistes, etc. Peu sont ceux qui m’ont aidé concrètement sans nécessiter une contribution financière.
Après tout ça, les banques nous disent que puisse que cela n’est pas un concept connu elles ne sont pas chaudes à l’idée… Vive l’innovation !
Quand vous dites qu’il y a des centaines d’organismes d’aide à l’entreprenariat vous parlez sans doute du total au Québec mais vous ne faites pas mention qu’ils ne sont pas disponibles pour toutes les régions. Car un organisme couvre normalement un territoire donné. Et par région, le nombre de ressources diminue drastiquement.
Partir un projet nécessite beaucoup de travail, de ressource et d’argent. Le nombre de bons entrepreneurs est peu élevé et les investisseurs encore plus rares… je comprends très bien le sens et la portée de « Nous cherchons les bons prometteurs et les bons projets ». Je crois sincèrement que personne n’a de temps ni d’argent à perdre et que, de ce fait, la réponse à votre question est OUI.
Vous parlez de ceux qui ont réussi à partir un projet qu’ils n’auraient pas dû fautes de recherches et de compétences… vous oubliez ceux qui ont fait leur devoir, qui ont les compétences mais qui ont abandonné, après parfois plusieurs années, faute d’ouverture et de soutien professionnel et financier.
Je voulais souligner que dans les nomenclature des organismes d’aide aux entrepreneurs, il vous manque un acteur important : le programme de formation en Lancement d’une entreprise, offert par le réseau des Commissions scolaires. Nous accompagnons beaucoup d’entrepreneurs dans le secteur du commerce de détail. Que ce soit par le contenu des cours (marketing et vente, plan d’affaires, plan financier, etc.) ou avec l’accompagnement que nous offrons à nos futurs entrepreneurs, cette formation apporte une réflexion salutaire visant à bien saisir toutes les facettes du projet d’affaire avant de se lancer à corps perdu dans les « Grilled cheese à 6$ »!
La métaphore, malheureusement réelle, du Grilled Cheese à 6$ m’a fait poser les mêmes questions. Est-ce que cette personne à été conseillé par un des organismes qui ont été nommé? Je suis d’accord avec Alain Thériault quand il dit que les conseillers sont pris entre l’arbre et l’écorce mais un projet démarré n’est pas toujours un projet viable. Est-ce qu’il serait possible pour les différents conseillers de comptabiliser les projets sur une ligne de temps de 1 ou 2 ans soit quelque chose comme 1/3 compté au démarrage, un autre 1/3 à 6 mois ou 1 an et le reste à l’échéance fixée?
Avec ma femme qui à étudié en affaires et à déjà été banquière nous jouons à un jeux. Nous identifions les nouveaux commerces dans notre région et selon le type de commerce, son emplacement et autres facteurs de base nous évaluons si le commerce est viable et/ou combien de temps il va rester ouvert. Nous sommes loin d’être des devins mais dans au moins 75% des cas nous avons raison. Ce n’est pas pour dire que certaines personnes ne font pas leur travail correctement, ça prend une bonne dose de risque pour se lancer en affaires mais je crois que, au nom des statistiques et résultats, plusieurs projets reçoivent l’aval de bien des gens sans avoir de véritable potentiel.
Un grilled cheese à 6$ je n’ai pas de problème avec ça à l’intérieur d’un concept de comfort food mais juste comme ça, je suis certain que plusieurs personnes (conseillers, banquiers, etc.)ne croyait pas au projet et n’ont rien dit. Pourquoi?
Puisque les conseillers des organismes consacrent le plus souvent leur énergie à faire lever les projets des plus prometteurs, une initiative pratique serait peut-être d’utiliser un réseau existant de gens d’affaires ( ex: mentorat) et de proposer des cliniques d’avis sur les projets ?
Bonjour Nathalie
je travaille en développement économique depuis 12 ans et juste avant j’ai investi 2 ans et pas mal d’argent avec des associés, sans aide gratuite et après refus des banques, sur un concept de café innovateur et avons dû renoncer !
En fait l’argent et l’aide gratuite restent des ressources rares. Il est normal que les CLD et CDEC l’investissent sur des projets qui répondent aux priorités de leurs plans (ex. PALÉE). Certains commerces se qualifient alors parce qu’ils répondent à des stratégies délibérées de revitalisation commerciale.
Le commerce de détail c’est comme un champ de bataille, la majorité va mourir au combat et ceux qui survivent vont gagner la guerre du renouvellement de l’offre commerciale …sans toutefois créer beaucoup d’emplois additionnels puisqu’il s’agit d’un déplacement d’emploi dans une tarte qui grossit très lentement au rythme de la démographie.
C’est difficile d’expliquer ça à des gens qui veulent réaliser leur rêve mais je crois que s’ils se pointent dans leur CLD, CDEC on va prendre quelques instants pour mettre les pendules à l’heure. En définitive l’expérience de l’échec est peut-être la meilleure expérience à acquérir pour un entrepreneur, est-on prêt à admettre ça comme valeur sociétale favorisant l’entrepreunariat ?
C’est toujour un défi de reconnaître qui est un bon promoteur et c’est quoi un bon projet. Cela me fait penser au « chip wagon », à la roulotte de patate frite, la patate à Grégoire, en haut de la côte des Éboulements dans Charlevoix depuis 40 ans, de génération en génération.
Ou encore un concept genre Cereality aux États-Unis, un genre de bistro qui vend seulement des céréales et qui fonctionne très bien et qui s’est franchisé.
Combien d’entrepreneurs ont réussit alors que l’on prédisait un échec retentissant, Bombardier, Cascades, Geox, le Cirque du Soleil, etc.
C’est pourquoi que nous à DE-CLDG, nous avons mis sur pied le Centre d’entrepreneurship, qui s’intéresse à ce genre de projet, mais qui s’intéresse aussi aux nouveaux outils comme Syn Opp afin que ces entrepreneurs puissent trouver eux-même leurs propres réponses sur le terrain et non seulement se fier aux conseils d’experts.
Qui suis-je pour juger qui passe la barre ou pas?
Bonjour !
Je trouve, Mme Riverain, votre article très intéressant !
J’aimerais souligner que les Organismes Régionaux de Soutien à l’Entrepreneuriat Féminin (ORSEF) offrent des services et des capitaux (prêts conventionnels) à des projets dont les femmes sont majoritairement actionnaires et ce, dans tous les secteurs d’activités dont bien évidemment, le commerce de détail, le service et la restauration.
Nous soutenons les entrepreneures dans leurs démarches et dans la réussite de leur projet de démarrage, d’acquisition, d’expansion et de consolidation d’entreprise.
Actuellement, les ORSEF couvrent 11 des 17 régions du Québec.