Comme le voulait le thème de cette année, les phénomènes de désintérêt progressif ou d’abandon scolaire ont largement été discutés lors de la journée du Forum d’Automne en octobre dernier. Spécialiste du développement durable, j’étais particulièrement sensible à l’ajout d’un troisième élément à l’équation entrepreneuriat + réussite scolaire : le développement durable. J’ai donc écouté avec attention la présentation sur l’expérience de l’École-des-Cœurs-Vaillants, première et seule École communautaire entrepreneuriale au Québec, par Mathias Pepin et Jean-Sébastien Reid. J’ai découvert en ce modèle une initiative bien concrète, bien palpable, bien captivante. Au Nouveau-Brunswick, avec le dynamisme et la vision de son instigateur Rino Levesque, le modèle d’École communautaire entrepreneuriale a véritablement réussi à pénétrer le milieu scolaire. Au Québec, l’ÉCE est malheureusement encore trop discrète. Est-il trop tard pour rattraper le temps perdu?
Aller plus loin que le modèle d’entrepreneuriat scolaire traditionnel
Selon nos confĂ©renciers, l’école communautaire entrepreneuriale, c’est la pĂ©dagogie entrepreneuriale que l’on connait avec comme particularitĂ© de placer la communautĂ© au cĹ“ur de l’action. Comme dans toutes les Ă©coles entrepreneuriales, les deux micro-entreprises aux vocations environnementales de l’École-des-CĹ“urs-Vaillants sont des antidotes agissants contre la dĂ©motivation scolaire. Les Ă©lèves sont amenĂ©s Ă monter de toutes pièces une organisation, Ă assurer la production de produits finis et Ă Ă©tablir des partenariats avec des organismes externes rĂ©els. Des projets qui stimulent l’apprentissage en action et influencent grandement leur motivation.Â
Jusqu’ici, c’est génial, mais ce n’est rien de bien nouveau. Mais si on l’appelle « entrepreneuriat conscient », c’est parce que l’entrepreneuriat pratiqué dans cette école se traduit par la prise de conscience de la portée que l’esprit d’entreprendre a sur soi, sur l’autre, sur l’environnement et sur la planète tout entière. Il s’agit d’amener les enfants à sentir qu’ils peuvent réussir en donnant un sens à leur passage. En plus, l’éthique y occupe une place importante. C’est tellement réjouissant de voir cette école instaurer ces valeurs dès le plus bas âge, en les intégrant en plus à l’entrepreneuriat, jumelant les deux au service de la santé globale de l’école et de la communauté.
Bien plus qu’un antidote au décrochage
Imaginez des compétences et des valeurs qui permettent aux enfants de s’entreprendre, d’entreprendre et de créer de l’innovation de façon consciente, responsable et automne. J’entends une équation simple ; le plaisir d’entreprendre favorise la motivation et l’implication sociale et diminue l’envie de décrocher de l’école, voire de la société. En plus, si L’ÉCE permet de développer l’autonomie, la solidarité, la recherche d’innovation et la création de richesse collective, elle a définitivement le potentiel de conduire au développement durable et global de chaque communauté!
J’ai déjà entendu que pour élever un enfant, c’est tout un village dont nous avons besoin. J’ose rajouter à cette expression pleine de sens qu’un village qui investit dans le potentiel des enfants s’engage dans une réelle démarche de communauté entrepreneuriale. Comme nous l’expliquons souvent, à la Fondation : lorsque les valeurs entrepreneuriales font partie de la culture d’une région, on observe la naissance d’entreprises, mais, surtout, on voit les gens s’impliquer et prendre en main leur destinée ainsi que celle de leur région. Ils mettent sur pied différents projets novateurs, ont des idées originales, participent à la recherche de solutions. Dans une communauté entrepreneuriale, cette vision est partagée par les acteurs-clés de la communauté. Tout le monde avance donc dans la même direction.  L’entrepreneuriat conscient à l’école s’inscrit précisément dans ce large projet; une société entrepreneuriale durable, responsable, autonome et en mesure de s’assumer.
Des initiatives Ă multiplier encore et encore
Les modèles de pédagogie entrepreneuriale consciente comme « L’école communautaire entrepreneuriale (ÉCE) » et le « Réseau québécois des écoles entrepreneuriales et environnementales (RQEEE) » sont de véritables espoirs pour que chaque enfant expérimente une vie saine et équilibrée aujourd’hui, dans son école, pour la reproduire demain, dans sa communauté. Les porteurs de ces initiatives et tous ceux qui investissent énergie et passion (professionnels, enseignants et citoyens) se méritent une bonne dose de reconnaissance. Je suis très persuadée que nous devons extrapoler ce modèle. Chaque territoire devrait posséder ces pratiques pour que le milieu scolaire devienne un terreau d’engagement pour la réussite des élèves aujourd’hui, et la santé de nos sociétés et de notre environnement demain. Croyez-vous comme moi en ce potentiel?