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Jean Fahmy : « Il faut savoir qui on est avant d’entreprendre une démarche entrepreneuriale »

Jean Fahmy : « Il faut savoir qui on est avant d’entreprendre une démarche entrepreneuriale »

Chargé de cours à l’École polytechnique de Montréal, Jean Fahmy, 33 ans, est aussi un véritable entrepreneur en série. En à peine plus de 10 ans, il a créé, dirigé et vendu trois entreprises dans le domaine des nouvelles technologies et du Web. Sa première société, en sous-traitance informatique, a employé 12 personnes à temps plein et plus de 50 étudiants à temps partiel sur une période de trois ans. La deuxième, spécialisée dans la création d’un intergiciel pour l’informatique mobile, développée en trois ans et demi, comptait 43 employés et quatre bureaux à l’international. La troisième, enfin, permettait aux usagers de saisir, de présenter et de vendre une « expérience vécue ». Parallèlement, il a réorganisé le fonctionnement d’entreprises dans le but d’améliorer la qualité des produits ou d’augmenter les résultats financiers. Si aujourd’hui, il fait une petite pause, histoire de profiter de sa famille, il entend bien reprendre du « service » bientôt. Sans doute en prenant part à un projet existant qui pourra bénéficier de ses compétences pour se remettre sur les rails.

Qu’est-ce que l’entrepreneur que vous êtes aujourd’hui aimerait enseigner à celui que vous étiez à 20 ans?
La chose la plus importante est de se connaître. Savoir qui on est. C’est une priorité qui doit précéder toute démarche entrepreneuriale. C’est un processus extrêmement important, car en apprenant qui on est, on en sait davantage sur les valeurs qui nous animent et sur ce que l’on sera capable de faire.

Pour cela, il faut savoir répondre à un certain nombre de questions : « Qu’est-ce que j’aime? », « Qui sont mes héros? », « Quelles sont mes sources d’inspiration? », « Quelles sont les choses qui m’agacent chez telle ou telle personne? », « Pourquoi est-ce que je veux me lancer dans les affaires? ». En donnant des réponses, on se découvre et on devient alors capable de mettre le doigt sur nos valeurs. Celles qui nous animent et qui feront de nous l’entrepreneur que nous deviendrons.

J’ai la sensation que mes valeurs, celles qui m’ont permis d’arriver où j’en suis aujourd’hui, étaient innées. Elles sont au nombre de quatre. La première de toutes, c’est l’intégrité. Celle qui m’a permis de m’affirmer tel que j’étais et de toujours rester fidèle à mes convictions. La deuxième est illustrée par le courage. Le courage d’oser être qui je suis et de rester intègre quel qu’en soit le coût. La troisième valeur qui me vient à l’esprit est la compassion. Il ne s’agit pas seulement de penser égoïstement à soi et à sa propre réussite. Il faut aussi être capable de se focaliser sur les autres et de tenir compte d’eux. Enfin, la quatrième valeur que je prône est la compétence. Je fais les choses que je me sais capable de faire et je relève des défis dans le but de réussir. Je n’aurais toutefois pas fait le tour de toutes mes valeurs si je n’en ajoutais pas une dernière : la gratitude. Je dois avouer une forme de reconnaissance envers ceux qui m’ont permis d’en arriver là où j’en suis. J’ai misé sur eux, ils ont misé sur moi. C’est ce qui nous a permis d’avancer.

Si vous aviez une chose Ă  transmettre aux entrepreneurs de demain, quelle serait-elle?
Il faut qu’ils se posent trois questions. La première est celle de savoir quels besoins le produit qu’ils veulent créer va combler. Il ne s’agit pas seulement de vouloir créer une entreprise, il faut aussi toujours veiller à ce qu’elle vienne combler les désirs de quelqu’un. Sans cela, le projet n’est absolument pas viable. La majorité des innovations sont issues de frustrations. Il faut donc observer d’un œil aguerri les frustrations de la vie pour saisir une opportunité de créer un produit qui viendra combler un manque.

Il faut ensuite se demander quels sont les gens avec lesquels on veut bâtir une relation. D’où l’importance de parfaitement connaître le secteur dans lequel on entend s’engouffrer. Sans cela, l’échec est probable. Les affaires se fondent sur des relations solides et il faut sans cesse renouveler les liens que nous avons établis.

Enfin, il faut s’interroger sur les processus internes qui seront mis en place pour optimiser son entreprise. Il ne s’agit pas de s’endormir sur ses lauriers, mais bien d’être continuellement dans l’action. Être en affaires doit éminemment nous passionner. Diriger une entreprise est une activité tellement prenante qu’il ne faut pas douter un instant de sa volonté d’y consacrer chaque jour, chaque minute, chaque seconde de sa vie. Lorsque les choses vont moins bien, que l’entreprise vit une passe difficile, seule la passion peut nous permettre de mettre en œuvre tout ce qui sera nécessaire pour sortir de l’impasse. Il faut avoir le désir de se lever le matin malgré tout et garder cette attitude conquérante à chaque instant. C’est cette passion que les gens vont acheter. Rien d’autre.

C’est de ces trois réponses que découle une entreprise. Pour ma part, à chaque fois que j’ai vendu une entreprise que j’avais créée c’est parce que la passion n’y était plus. Le désir m’avait quitté. Il était donc temps que j’aille voguer sous d’autres cieux.

Finalement, la chose la plus singulière que les entrepreneurs doivent apprendre Ă  bien faire, c’est se vendre. Et ce, Ă  tous les intervenants de l’Ă©cosystème de l’entrepreneur : employĂ©s, clients, fournisseurs, actionnaires, banquiers, gouvernements, sans oublier la famille. C’est extrĂŞmement important pour la simple et bonne raison que les entrepreneurs ne sont en rĂ©alitĂ© pas leurs propres patrons puisqu’ils sont entièrement redevables Ă  cet Ă©cosystème.

Quelle est selon vous la force des entrepreneurs de Montréal?
Montréal possède la particularité d’un grand multiculturalisme qui amène son lot de défis. La métropole est une véritable plaque économique tournante entre les États-Unis et l’Europe. Ce qui en fait une porte ouverte sur les possibilités de développements et d’échanges.

En France, Montréal est perçue comme le Paris du Canada. Les Français considèrent que c’est là que se trouvent les cousins éloignés encore tellement attachés à la lointaine Europe. Des cousins qui maîtrisent à la fois la langue de Molière et celle de Shakespeare.

Pour les Américains, Montréal est la ville où les cultures française et américaine se mélangent. On y trouve des traits de personnalités colorées et atypiques dans le paysage anglo-américain. Les Montréalais sont bilingues : ils parlent anglais et usent aussi du charme de la langue française.

Montréal est donc la ville de toutes les possibilités. Celle où des projets destinés aux deux rives de l’Océan Atlantique peuvent se développer. C’est indéniablement une position stratégique sur laquelle les entrepreneurs de demain peuvent s’appuyer pour construire leurs affaires.

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