Martin Rancourt a un parcours atypique. Bachelier de l’Université Laval en administration des affaires, il imagine d’abord sa carrière comme enseignant. Pendant quatre années, il s’évertue à apprendre toutes les ficelles du marketing aux élèves du Cégep François-Xavier Garneau et du Cégep Beauce-Appalaches. Cependant, en 1995, le désir de se lancer en affaires est plus fort que celui d’enseigner. Il voit un débouché, quitte ses élèves et décide de fonder sa propre entreprise : Image de Mark. Elle devient rapidement une référence pour les entreprises beauceronnes. Ses connaissances en matière de commercialisation de produits et de développement de marché répondent à une demande pressante. Aujourd’hui, entouré d’une équipe de 30 personnes, Martin Rancourt est devenu un joueur important dans le développement des stratégies marketing en milieu industriel et commercial. Les plus grandes entreprises beauceronnes font appel à ses services (Groupe Canam, Boa-franc, Manac, Desjardins), de même que les entreprises de Québec (Cuisine bernier, Exfo, Granicor).
Qu’est-ce que l’entrepreneur que vous êtes aujourd’hui, aimerait enseigner à celui que vous étiez à 30 ans?
Je me suis lancé en affaires à 29 ans. J’aurais aimé, à cette époque, que l’on m’enseigne à prendre les bonnes décisions au bon moment. La difficulté en affaires, c’est d’être confronté à différentes avenues et d’avoir à opter pour telle ou telle route. Il ne s’agit pas forcément de décisions qui auront un impact capital sur la survie de l’entreprise. Mais, chaque jour, un entrepreneur est confronté à de multiples choix, qu’ils soient petits ou grands. Il doit apprendre à faire des pas dans la meilleure direction possible.
Le mentorat constitue un bon outil à cette étape-ci. Beaucoup de questions paraissent compliquées au chef d’entreprise. Cependant, l’expérience d’une seule personne peut donner un éclairage nouveau et lui permettre de prendre une décision plus facilement.
Si je m’attarde sur mon expérience personnelle, je constate que j’ai eu très tôt un mentor. C’est un monsieur qui suit encore tout ce que je fais. Je me suis donné le droit de l’appeler, pour une question, pour un avis ou simplement pour me faire rassurer. Grâce à cette communication, j’ai bien souvent eu des façons de voir différentes qui m’ont permis de prendre des décisions différentes. Simplement parce que, soudain, je voyais les choses d’un autre point de vue.
Il ne faut surtout pas croire que le mentor va prendre les décisions à notre place. Peu importe les conseils que l’on va recevoir, c’est toujours nous qui restons maîtres de la décision finale. Il nous propose uniquement un avis consultatif. Au final, on reste seul responsable.
Si vous aviez une chose à transmettre aux entrepreneurs de demain, quelle serait-elle?La persévérance est l’élément central! Au fil des ans, comme entrepreneur, on réalise qu’on rencontre sur notre chemin plus de gens prêts à nous dire que nous n’y arriverons pas, que ce que nous faisons ne fonctionnera pas, que nous fonçons droit dans un mur. Cela peut être un banquier, un consultant ou une tout autre personne liée de prêt ou de loin à notre projet d’affaires. Ceux qui nous encouragent sont peu nombreux. C’est pour cela qu’il faut croire en soi et persévérer. Toujours.
Â
À mes débuts à la tête d’Image de Mark, j’ai vécu de grosses difficultés financières. Très vite j’ai compris que, lorsque tout le monde pense qu’on est mort, on est seul à savoir qu’on a encore la volonté et les capacités de réagir et de se remettre en selle. Nous possédons donc en nous la faculté de rebondir. Il faut être capable de voir cela.
Être persévérant, c’est être créatif et trouver des solutions inédites pour s’extirper de situations qui paraissent perdues. Bien souvent, les entrepreneurs qui se retrouvent en difficulté ont des problèmes de solutions. Ils ignorent quelle route emprunter pour s’extirper enfin la tête de l’eau. Sans cela, il devient vain de s’en sortir.
Un point important est de ne jamais avoir peur de mettre de côté son orgueil. Sans orgueil, on est capable de demander de l’aide et de reconnaître que l’on se retrouve dans une impasse. Il n’y a pas de honte. Il faut aussi accepter de partager. Car partager, c’est être riche.
 Quelle est selon vous la force des entrepreneurs beaucerons?
Le milieu entrepreneurial beauceron est tissé serré. Ce n’est donc pas tant la question de ce que l’on propose qui importe que celle de qui on connaît. Si on vient de l’extérieur, il faut connaître les 10 ou 15 bonnes personnes grâce auxquelles on va pouvoir avancer. Si on est bien connu de ce petit groupe, alors on aura accès aux autres 400 Beaucerons qui composent le réseau.
Image de Mark œuvre dans le domaine des communications et nous sommes aujourd’hui une grande entreprise dans un petit marché. Nous aurions sans doute davantage notre place à Québec ou à Montréal, mais nous avons ici tissé des liens précieux. Notre expertise même est parfaitement adaptée à la région. Nous connaissons le milieu manufacturier et nous sommes de ce fait capables de trouver les solutions parfaites pour nos clients.
Lorsque j’ai débuté, la place était disponible. Il y avait un besoin non comblé que j’ai vu et pour lequel j’ai développé les solutions adéquates. Désormais, nous nous tournons de plus en plus vers les entreprises de services parce que la Beauce évolue, comme le reste du monde, et que ce sont ces entreprises qui émergent.
Il faut toutefois garder à l’esprit que le marché est désormais mondial et que l’Amérique n’est plus le centre de tout. Jusqu’à présent nous étions bien placés, car nous nous retrouvions à équidistance entre Montréal et Boston. Aller vers l’un ou l’autre des marchés ne nous posait pas de difficulté. L’avenir économique du marché beauceron est prometteur, car les entrepreneurs de la région ont compris que les grands axes économiques mondiaux s’étaient déplacés vers la Chine, le Brésil, l’Inde ou la Russie. Pour notre part, nous avons désormais une antenne à Shanghai. Ce n’est pour le moment qu’un simple pied-à -terre, mais le but, à long terme, est de capter et de comprendre ce qui se passe là -bas et de rester ouvert à toutes les éventuelles opportunités qui se présenteront inévitablement à nous.

Bravo! Bel exemple, belle croissance, belle ouverture. J’ai particulièrement apprécié le début de l’article. L,importance de reconnaître la quantité importante de décisions auxquelles un entrepreneur est confronté.
Il faut « former » les plus jeunes à modifier leur perceptions du risque et de la conséquence de faire une « erreur ».
Merci du témoignages M. Rancourt