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Me Roger Beaudry : « Il faut apprendre à perdre pour gagner »

Me Roger Beaudry : « Il faut apprendre à perdre pour gagner »

Me Roger Beaudry, 59 ans, me reçoit dans la salle de confĂ©rence du siège social de Bernier Beaudry inc. Derrière lui trĂ´ne un tableau de Riopelle. Fier Beauceron, ce natif de la Guadeloupe peut se vanter d’avoir rĂ©ussi lĂ  oĂą on ne l’attendait pas. Fils d’un industriel et propriĂ©taire de terre Ă  bois, il commence Ă  travailler aux cĂ´tĂ©s de son père Ă  l’âge de 12 ans. S’il retient un enseignement de ses premières annĂ©es de labeur, c’est le respect des gens. Lorsque vient le temps d’entrer Ă  l’universitĂ©, il opte pour le droit avec dĂ©jĂ  une idĂ©e derrière la tĂŞte : il sera son propre patron. Il se destine Ă  devenir avocat plaideur. Le sort en dĂ©cidera autrement. Il a peu plaidĂ©, mais il est aujourd’hui Ă  la tĂŞte d’un des plus prestigieux cabinets boutiques en droit des d’affaires du QuĂ©bec. RĂ©organisation d’entreprises, gestion de conflits entre actionnaires, acquisition, fusion et financement n’ont plus de secret pour lui.

Qu’est-ce que l’entrepreneur que vous êtes aujourd’hui, aimerait enseigner à celui que vous étiez à 30 ans?

Lorsque je me suis lancé en affaires, j’avais prévu de prendre la relève d’un vieil avocat au Saguenay. Je devais m’associer avec un autre jeune avocat natif de cette région. Nous avions convenu qu’il s’occuperait de la partie affaires et que je plaiderais. Finalement, rien ne s’est passé comme prévu. Mon associé a trouvé un emploi plus payant dans un cabinet d’avocats œuvrant pour le monde syndical et je me suis installé à Québec. Je retiens de cette expérience qu’il faut dès le départ comprendre une chose : on est son propre partenaire. Raison pour laquelle il est important de trouver qui l’on est si on veut pouvoir avancer. Il faut connaître ses forces et ses faiblesses.

Grâce à cette mésaventure, j’ai découvert que j’étais fait pour les affaires et la négociation. Je me suis donc associé à un bon partenaire qui lui s’est chargé des litiges : exactement l’inverse de ce que je me croyais capable de faire au départ. Tout ça pour dire qu’il faut apprendre à connaître ses goûts, à cerner ses capacités. Je savais que je voulais partir une affaire et j’avais l’ardent désir de créer quelque chose qui me survivrait. Je crois pouvoir dire aujourd’hui : « mission accomplie ». Mais ce n’est pas à n’importe quel prix. Il faut avant toute chose apprendre à se connaître. Et si cela signifie qu’il est nécessaire de passer à travers des expériences difficiles, alors il faut l’accepter. Sans regret. Se fixer un objectif et avoir l’ambition de ce que l’on vise.

En se connaissant et surtout en réussissant à cerner ses faiblesses, il est possible de s’associer avec une ou plusieurs personnes qui pourront pallier ces lacunes. Pour cela, je pense qu’il est important que les jeunes entrepreneurs n’aient pas peur de passer pour des niaiseux. Il faut poser des questions et surtout écouter, même si les réponses peuvent paraître évidentes. J’ai personnellement beaucoup appris des avocats et hommes d’affaires plus âgés. Je n’ai pas hésité à leur demander leur avis. Chaque conseil que l’on reçoit est un conseil utile. Un jeune qui voudrait enfoncer des portes sans prendre le temps de regarder où il va et surtout, sans prendre le temps de demander conseil, risque de foncer droit dans un mur.

Si vous aviez une chose à transmettre aux entrepreneurs de demain, quelle serait-elle?

Gardez le cap! Tout au long de ma carrière, j’ai eu une multitude d’opportunités. J’aurais pu devenir concierge tout en restant avocat et multiplier les acquisitions dans l’immobilier. Sans doute que je serais assis sur une mine d’or aujourd’hui… j’aurais aussi pu tout perdre. J’ai choisi d’acheter l’immeuble dans lequel se situe mon entreprise. J’ai bâti sur du solide et je suis fier de la progression de ma carrière. Il faut apprendre à cristalliser une situation et ne pas s’éparpiller.

Je crois aussi qu’il faut apprendre de ses défaites. J’ai perdu des sommes importantes lorsque j’ai voulu me diversifier en investissant dans une entreprise qui a fait faillite. J’ai alors compris que le plus sûr est de continuer à faire ce que je fais de mieux et de m’appuyer sur mes compétences pour me réaliser pleinement. Il s’agit alors de veiller à se faire respecter. Faire des compromis pour faire des compromis, cela ne marche pas. Il faut être capable d’affronter les situations difficiles et même se détacher de l’argent. Surtout quand l’image de son entreprise est en jeu. Il faut être prêt à perdre pour gagner et prendre les défaites comme un apprentissage.

Quelle est selon vous la force des entrepreneurs de votre région?

Les Beaucerons ont le sens des affaires dans les tripes. Ils sont des explorateurs qui ne craignent pas de s’engouffrer dans un chemin jamais encore pratiqué. Les gens de la Beauce ont du cœur. Nous sommes réputés comme faisant partie des meilleurs travailleurs. Si on contracte un travail, on le fait à 100 %. Les Beaucerons ont le souci du travail bien fait, la détermination, la fierté du travail; ils sont entêtés, courageux, ambitieux. Tout cela fait un melting-pot plutôt intéressant.

3 commentaires pour “Me Roger Beaudry : « Il faut apprendre Ă  perdre pour gagner »”

  1. Excellent article. Comme Me Beaudry, j’ai aussi fait l’erreur de vouloir faire exactement le contraire de ce dont j’Ă©tais capable. Autant ce conseil est d’une profonde sagesse, autant faut-il admettre qu’il peut ĂŞtre très difficile d’apprendre Ă  se connaĂ®tre.

  2. Sylvie Bougie dit :

    Étant une jeune beauceronne qui vient de commencer Ă  travailler Ă  son compte Ă  titre d’avocate en droit des affaires, j’ai trouvĂ© cet article très intĂ©ressant! J’aime d’ailleur beaucoup la façon dont il dĂ©crit les Beaucerons et j’adhère Ă  son propos!

  3. Nancy CĂ©lestin dit :

    Merci pour cet article. Je suis Ă  mon compte et parfois je suis déçue du dĂ©sintĂ©ressement et la peur qu’inspire chez les gens l’entreprenariat. Bravo, un bel exemple Ă  suivre!!

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