J’indiquais dans mon billet précédent que la lourdeur administrative décourageait les entrepreneurs actuels et en devenir. Étant un obstacle à la fois dénoncé pour la création et la croissance des entreprises québécoises, le présent billet va un pas plus loin et témoigne de l’opinion des entrepreneurs en ce qui concerne la sollicitation et la réception d’aide gouvernementale de soutien à l’entrepreneuriat, tout comme leur satisfaction à l’égard des services sollicités. Attention! Je ne témoigne pas ici de mon opinion personnelle, mais bien de celle des entrepreneurs actuellement propriétaires ou qui s’efforcent actuellement de créer ou reprendre une entreprise au Québec.
Quels sont les faits diffusés dans le rapport Culture entrepreneuriale au Québec: nos entrepreneurs prennent-ils racine?
Environ deux fois plus d’individus actuellement en train de créer/reprendre une entreprise ont frappé aux portes des services publics au Québec. L’écart est un peu moins frappant chez les entrepreneurs déjà bien en selle, mais la même tendance s’observe (1,6 fois plus importante au Québec). Deux hypothèses permettent d’expliquer la plus grande sollicitation d’aide publique chez les Québécois :
Une médaille a toujours deux revers. Ces résultats m’apparaissent de prime abord positifs, et pour y avoir travaillé personnellement, je suis tout à fait « vendue » à l’idée que les services publics de soutien à l’entrepreneuriat permettent une grande planification de ce qui est pour plusieurs entrepreneurs en devenir « une vision », souvent bien difficile à coucher sur papier avec des réalités opérationnelles et financières. Ils me soulèvent toutefois une question dérangeante : les Québécois sont-ils, culturellement, plus portés à se tourner vers le système public comme porte de sortie? À vous de me le dire ! Reste tout de même que savoir s’entourer pour pallier ses faiblesses (que ce soit par le public ou le privé) est un gage de succès dans l’entrepreneuriat actuel.
Au-delà le fait de solliciter de l’aide est celui d’en recevoir! Les résultats à cet effet démontrent clairement une plus grande réception d’aide chez nos voisins canadiens en ayant demandé (84,5 % des démarcheurs et 82,8 % des entrepreneurs actuels) qu’au Québec (67,4 % des démarcheurs versus 68,7 % des propriétaires). En comparant les résultats obtenus pour les démarcheurs et entrepreneurs admettant ne pas avoir reçu l’aide sollicitée, on trouve systématiquement près du double de demandeurs non desservis au Québec.
Que de pistes à creuser dans le cadre de l’Indice entrepreneurial 2012, auxquelles j’espère certains d’entre vous auront déjà des pistes d’explication…
À la question : « est-ce que le fait de ne pas recevoir l’aide demandée entache le niveau de satisfaction », la réponse est oui ! Près de 20 % des démarcheurs québécois jugent pour le moins insatisfaisante la réponse, en termes de qualité, aux services qu’ils ont sollicités (tout comme près de 30 % des entrepreneurs actuels). C’est environ deux fois plus d’entrepreneurs insatisfaits au Québec que dans le reste du Canada. Mais qu’ont-ils à reprocher aux services vers lesquels ils se sont tournés ? Les réponses qualitatives des démarcheurs et entrepreneurs insatisfaits font état de :
Loin de moi la prétention de dire que les services offerts ne sont pas essentiels. Je crois au contraire que le « pourquoi », à savoir la nécessité des services gouvernementaux de soutien à l’entrepreneuriat, a ressorti de l’analyse faite dans le rapport, tout comme dans l’attendue stratégie québécoise de l’entrepreneuriat. Je m’interroge toutefois sur le « comment ». Comment placer l’entrepreneur actuel et en devenir au cœur de la stratégie de soutien ? Comment s’assurer que les idées, à la base un peu farfelues ou moins traditionnelles, trouvent le soutien nécessaire auprès des instances publiques, ou qu’elles soient rapidement redirigées vers les bonnes instances privées? Un être qui m’a été très cher dans mon apprentissage en entrepreneuriat m’a toujours dit qu’au-delà de l’idée il y a le cheval de bataille qui fait la différence, l’homme ou la femme derrière l’entreprise envisagée… L’entrepreneuriat est avant tout une affaire de passion, d’ambition, de vouloir faire plus et mieux autrement. Croyez-vous sincèrement que Guy Laliberté n’a pas eu l’air, à la base, un peu étrange avec son idée de spectacle de cirque grand public avec des cracheurs de feu, un marché non connu jusqu’à alors? Et pourtant! C’est dans l’innovation et la créativité que naissent les plus beaux succès…
Fidèle à mon habitude, j’aimerais vous entendre sur quelques aspects qui me préoccupent particulièrement sur le sujet, et ce, dans l’optique d’approfondir les questions du sondage au cours des prochaines années. Je suis consciente que le sujet des services gouvernementaux de soutien à l’entrepreneuriat en est un épineux, pour lequel plusieurs d’entre vous se donnent corps et âme au quotidien. Si je peux me le permettre, je répondrais tout simplement: par chance que le Québec peut compter sur vous, le portrait entrepreneurial québécois serait plus problématique sans votre apport! Mais vous qui intervenez en première ligne avec les entrepreneurs actuels et en devenir du Québec, dites-moi :
Marie-Eve Proulx
Directrice, recherche et analyse
Centre de vigie et de recherche sur la culture entrepreneuriale, Fondation de l’entrepreneurship
Une chance, Marie-Eve, que tu soulignes que plus de 70% des porteurs de projet ne passent pas par le système de soutien public (mais chiffres sont plutĂ´t de 90%, ce qui prouvent qu’ils ne sont peut-ĂŞtre pas si incontournables ou ne rĂ©pondent pas eux besoins des entrepreneurs.
Une de leurs faiblesses est d’utiliser des outils qui sont des « templates » et appliquĂ©s de la mĂŞme façon Ă tous les projets.
Tant qu’ils n’offriront pas un vaste « buffet » adaptable pour chaque candidat, ils seront ignorĂ©s.
L’entrepreneuriat n’est pas du prĂŞt-Ă -porter, mais bien du sur mesure.
Bonjour,
Ces donnĂ©es sont fort intĂ©ressantes. Pour avoir eu l’occasion de travailler avec des entrepreneurs depuis plusieurs annĂ©es, j’ai tendance Ă croire que ceux-ci prĂ©fèrent se passer de l’aide public, plutĂ´t que prendre le risque de gaspiller temps et argent dans des processus jugĂ©s complexes (souvent Ă raison).
Vos questions sont excellentes. Ă€ la 1ère, il me semble qu’il faille pointer du doigt une situation qui me semble prĂ©occupante. c’est Ă dire que, les personnes qui fournissent le service aux entrepreneurs doivent agir en « gestionnaire de programme ». C’est ce pourquoi ils sont payĂ©s. Or, cette responsabilitĂ© s’accompagne forcĂ©ment d’une forte prĂ©occupation Ă respecter des « normes » et des « règles ». Malheureusement, ce genre d’attitude s’accomode mal du comportement souvent « Ă©chevelĂ© » des porteurs de projet d’affaire.
Jusqu’Ă maintenant, j’ai toujours eu l’impression que c’est Ă l’entrepreneur qu’on demande de s’adapter Ă l’offre de service et non pas Ă l’offre de s’adapter Ă la demande.
Logiquement, ça ne devrait pas être le contraire?
Évidemment, ce seul point n’est pas suffisant pour tout rĂ©gler (et j’imagine la sommes de travail Ă faire pour changer les choses), mais c’est probablement une partie du problème.
bonne journée.
Je trouve vos commentaires extrĂŞmement pertinents.
Pour la statistique du 70 %, la question Ă©tait posĂ©e de façon très inclusive, incluant Ă la fois les services nationaux (ex.: MDEIE, Emploi QuĂ©bec, etc.), rĂ©gionaux (ex.: CRÉ, etc.) et locaux (ex.: CLD, etc.). Bref, la statistique de 90 % m’apparaĂ®t tout Ă fait logique, si l’aide est mesurĂ©e de façon un peu plus « restrictive ».
Je suis en accord avec vous; je me dis que le « moule » dans lequel l’entrepreneur doit entrer pour bĂ©nĂ©ficier de l’aide disponible est, Ă la base, plutĂ´t anti-entrepreneurial…
Étant commissaire au dévelopement économique dans un CLD, je suis au coeur des problématiques que vous soulevées.
Pour les deux prinicpaux programmes de subvention , les critères sont prĂ©-Ă©tablis et sont fondĂ©s soit sur l’âge, moins de 35 ans, ou le statut, soit un chĂ´meur. Il est diffcile d’accompagner des candidats qui principalement « rĂ©pondent aux critès ».
Par contre, nous avons aussi créé de nouveaux programmes, dont un pour les entreprises existantes car ils étaient plus difficles de les côtoyer.
Les CLD peuvent aussi intervenir en aide technique car nous avons un bon rĂ©seau tant au niveau financier que technique. Mais chaque conseiller doit asseoir sa crĂ©dibilitĂ© auprès des promoteurs et ce n’est pas facile. Et l’argent semble demeurer le « nerf de la guerre ». Il faut donc se servir de ce levier et remodeler les programmes financiers en fonction de cet Ă©lĂ©ement important.
Les statistiques quĂ©bĂ©coises sur le peu de gĂ´ut Ă l’entrepreunariat des quĂ©bĂ©cois nous indiquent qu’il faut commencer tĂ´t Ă sensibiliser les jeunes Ă cette option d’avenir et je pense que cela passe le rĂ©seau de l’Ă©ducation.
Il faut que l’Ă©tat soit aussi « entrepreneur » dans sa façon d’identifier et de mettre sur pied des mesures d’aides ou plutĂ´t des incitatifs pour dĂ©velopper des projets d’affaires.
Je suis conseiller aux entreprises depuis plusieurs annĂ©es et j’ai accompagnĂ© plusieurs porteurs d’idĂ©e dans leur processus de dĂ©marrage. Ce que j’ai remarquĂ© dans plusieurs publications que j’ai lu qui touche le sujet que vous abordĂ©, on fait souvent mention d’un acteur vedette, qui est gĂ©nĂ©ralement le porteur du projet. Toutefois, un acteur tout aussi important, mais dont on parle moins souvent qui est le conseiller. Je peux passer pour celui qui prĂŞche pour sa paroisse, croyez moi c’est loin d’ĂŞtre mon intention. C’est sĂ»r que le système n’est pas parfait et qu’il faut s’ajuster et apporter des modifications. Toutefois, j’ai souvent remarquĂ© un manque de prĂ©paration des porteurs de projets, qui croient que le seul fait d’avoir une idĂ©e suffit pour dĂ©marrer une entreprise. Toutefois il faut rappeler une rĂ©alitĂ© le monde de l’entrepeneuriat est très dur, dĂ©marrer une entreprise peut relever du parcours du combattant, mais malheureusement on constate que plusieurs entrepreneurs sous estime ce processus. L’entrepreneuriat est un mĂ©tier qui s’apprend sur le tas. Les organismes joue un rĂ´le primordial, en offrant un accompagnement mais le porteur de projet Ă l’obligation de dĂ©montrer qu’il s’agit d’une opportunitĂ© d’affaires et non pas d’une simple idĂ©e.