«L’indice entrepreneurial québécois» de la Fondation de l’entrepreneurship constitue une richesse en matière de nouvelles données sur l’entrepreneuriat québécois. Réalisée en collaboration avec Léger Marketing, l’étude révèle plusieurs éléments-chocs, notamment que le Québec a encore beaucoup à faire pour rejoindre le reste du Canada.
Près de deux fois moins d’entrepreneurs, autant de fermetures d’entreprises
La première révélation du sondage concerne les différences marquantes sur l’engagement des citoyens en entrepreneuriat et sur leur taux de réussite. Au total, c’est 27 % de la population adulte qui a déjà créé ou repris une entreprise au cours de sa vie ailleurs au Canada. Il s’agit d’une très forte proportion de la population, certes, mais l’écart avec le Québec est préoccupant : chez nous, cela représente seulement 16 % de la population (excluant les personnes qui sont actuellement en démarche de création). Près de deux fois moins d’entrepreneurs au Québec et pourtant, nous sommes à égalité avec le reste du Canada en matière de fermeture d’entreprises. Car de tous ceux qui ont déjà créé ou repris une entreprise, plusieurs n’ont pas perduré en affaires. En effet, ils sont 5,7 % à avoir fermé une entreprise au Canada, et 5,8 % au Québec. Pire, nos entreprises survivent moins longtemps au Québec. En effet, 57 % de nos entrepreneurs mentionnent avoir opéré une entreprise pendant 5 ans et moins, contre 47 % dans le reste du pays. Ce qui corrobore l’étude du MDEIE (printemps 2007) sur le taux de survie des nouvelles entreprises. « Il s’agit d’un constat très alarmant pour la santé entrepreneuriale du Québec », a déclaré Mario Girard, président-directeur général de la Fondation de l’entrepreneurship.
Â
La même volonté d’entreprendre… pour une première fois
Pourtant les Québécois, et ce, grâce aux plus jeunes, ont la même volonté d’entreprendre et ils sont presque aussi nombreux à tenter de créer une entreprise que leurs comparses ailleurs au Canada. C’est 7,4 % de la population du Canada qui formule l’intention de lancer une entreprise et 3,5 % qui sont en démarche de création (incluant les travailleurs autonomes).
Au Québec, 7,1 % et 2,8 %. Les différences ne se retrouvent donc pas au niveau du désir d’entreprendre ni du passage à l’acte. Cela lève le voile sur deux autres révélations du sondage. La grande majorité (56 %) des Québécois qui lancent de nouvelles entreprises le font pour la première fois, contre 47 % dans le reste du Canada. Il s’avère également que le nombre d’années avant d’y arriver est plus long au Québec. D’ailleurs, il importe de mentionner que les jeunes Québécois sont plus nombreux à se lancer dans l’aventure pour la première fois (83 % d’entre eux), ce qui indique un nouveau bassin de futurs entrepreneurs. Dans le reste du Canada, 54 % des jeunes entrepreneurs de 18 à 34 ans tentent de créer une entreprise pour la première fois. La ténacité des entrepreneurs québécois représente une autre donnée préoccupante, puisque seulement 30 % de nos entrepreneurs sont en affaires depuis plus de 10 ans, comparativement à 40 % pour le reste du Canada.
Enfin, une dernière grande révélation qui complète le portrait plutôt inquiétant de l’entrepreneuriat au Québec. Suite à une fermeture, ils sont moins nombreux à souhaiter réitérer l’expérience. « S’imaginer que les Québécois sont entrepreneurs dans l’âme est un mythe », a ajouté M. Girard. Plusieurs vont baisser les bras après une première expérience; pourtant, nous remarquons que les Canadiens créent plusieurs entreprises au cours de leur vie. Tous les indicateurs de l’Indice pointent dans la même direction. Le dicton le dit : « C’est en forgeant qu’on devient forgeron ». Pas au Québec, cependant. Alors que le nombre d’entrepreneurs ayant démarré plus de 3 entreprises au Canada est de 20 %, il tend à diminuer au Québec (17 %). Nul doute que nous manquons globalement d’expérience en affaires au Québec. Tous ces constats questionnent sérieusement la difficulté de faire des affaires au Québec.
Â
Un problème de culture : une sainte peur de l’échec…
Alors que la persévérance et la détermination sont perçues comme les principales qualités de l’entrepreneur québécois, son « focus » sur l’argent, son manque de connaissances dans certains domaines ainsi que sa vision à court terme sont, selon les répondants au sondage, ses principales faiblesses. « Lorsqu’on regarde notre voisin américain, on voit qu’il y a encore beaucoup de chemin à faire. Chez lui, l’échec fait partie de l’apprentissage d’un entrepreneur. Il n’est pas souhaité, mais des leçons très profitables en sont tirées. L’entrepreneur à succès qui s’enrichit est célébré et son exemple, enseigné. À la lecture du sondage, on peut donc conclure que dans un tel environnement, c’est tout un exploit pour un entrepreneur de réussir au Québec », a conclu M. Girard.
Â
Un problème de sous-investissement chronique dans nos entrepreneurs
D’ailleurs, nous voyons la majorité des efforts et investissements s’injecter directement dans la structure des entreprises (financement, opérations, etc.), le développement de la personne est quant à lui laissé pour compte. L’entrepreneuriat n’est pas une science infuse et trop peu d’efforts sont déployés pour développer les compétences et les connaissances en entrepreneuriat. Moins d’efforts encore sont consentis pour récupérer l’expérience de nos entrepreneurs actuels et la réinvestir dans nos entrepreneurs de demain. Promouvoir nos bons coups, démystifier le « métier », créer une synergie entre tous les leaders d’une région, voilà des actions qui ont pourtant un impact positif réel sur l’entrepreneuriat.
Heureusement, on voit s’arrimer certaines stratégies gouvernementales en ce sens qui donnent espoir, tant au municipal qu’au provincial. Des actions concrètes menées sur le terrain par des organismes voués au développement socioéconomique du Québec (tels les membres du Comité de développement de l’entrepreneuriat québécois) font aussi croire que la situation puisse être renversée.
Consultez tous les détails sur notre site Web
Télécharger le résumé des résultats avec tableaux
Vous pouvez également télécharger le cahier spécial paru suite au dévoilement de l’Indice dans les journaux des éditions GESCA