En tant qu’analyste en entrepreneuriat à la Fondation de l’entrepreneurship, vous comprendrez que ma curiosité a été piquée par les résultats de l’étude de la FCEI, « Des collectivités en plein essor », parue en octobre. Comment expliquer qu’Alma est la 6e ville la plus dynamique en matière d’entrepreneuriat et que Val-d’Or arrive 9e au Canada? Saguenéenne de souche, j’aimerais qu’il en soit ainsi… mais avouez que même sans analyser l’entrepreneuriat au quotidien, il y a lieu d’être surpris!
Des résultats qui surprennent…
Cette étude établit le classement des villes les plus dynamiques au Canada en matière d’entrepreneuriat, soient : Saskatoon, Grande Prairie, Joliette, Moose, Lloydminster, Alma, Victoriaville, Régina, Val-d’Or et Prince Albert. Surprise! Il me semble y avoir plusieurs intrus dans ce top 10… quelques nouveaux arrivants dont on est très peu habitués à vanter le dynamisme entrepreneurial!
Par expérience, je sais qu’habituellement :
Chaque résultat qui surprend s’explique!
En creusant davantage le rapport de la FCEI, et plus particulièrement du côté de la méthodologie, j’observe qu’on a opté pour la cote globale, prenant ainsi en considération les 12 indicateurs de mesure simultanément pour former 1 seul indice. Je comprends ici le désir de pousser un seul chiffre global. Par contre, je ne crois pas du tout que ce soit la meilleure façon de mesurer l’entrepreneuriat.
À mon avis, les 12 indicateurs choisis permettent d’expliquer le dynamisme entrepreneurial, tout comme bien d’autres éléments le feraient également. Ils ne permettent toutefois pas tous de le mesurer.
Désaccord méthodologique!
Concrètement, les 12 indicateurs sont catégorisés en trois grands types dans l’étude (présence, perspectives et politiques). Ces trois catégories sont ensuite assemblées pour former l’indice qui permet de comparer les différentes villes à l’étude.
La catégorie « présence » rassemble des indicateurs de mesure permettant de prendre la photo de la situation entrepreneuriale actuelle : le nombre de travailleurs automne, le taux de démarrage d’entreprises, le nombre d’entreprises par habitant, etc. Voilà le dynamisme entrepreneurial actuel.
La catégorie « perspectives », quant à elle, rassemble des indicateurs (rendement commercial futur, perspectives d’embauches, etc.) qui permettent aux entrepreneurs de se projeter dans l’avenir. Il s’agit du dynamisme entrepreneurial potentiel et non réalisé à ce jour. Bien que cette catégorie soit très importante pour faire des prévisions, elle ne devrait pas interférer dans la mesure de l’actuel, du réel.
Les indicateurs de la catégorie « politiques » me semblent être davantage des éléments explicatifs de la situation actuelle (ici répertoriés sous « présence ») et potentielle (ici répertoriés sous « perspectives ») de l’entrepreneuriat. Ils devraient donc être mesurés puisqu’ils influencent fortement le dynamisme entrepreneurial. Toutefois, je n’ajouterais pas cette mesure à l’indice. Je les traiterais à part, en tant que facteurs d’influence ou explicatifs permettant d’interpréter la situation actuelle et d’influencer la situation potentielle.
Je crois que le véritable dynamisme entrepreneurial se mesure par ses résultats : des entreprises et des entrepreneurs. Les autres indicateurs deviennent des outils pour influencer l’avenir entrepreneurial et augmenter son potentiel. Je ne doute pas de la rigueur de l’analyse, mais j’aurais privilégié une autre approche méthodologique en créant trois indices distincts, ce qui nous donnerait un portrait plus représentatif et sans doute un classement bien différent…
Pas que des désaccords!
Ceci étant dit, j’approuve tout de même une grande conclusion du rapport disant que « même les 10 premières villes du classement ont beaucoup à améliorer, les indices se tenant tous étroitement entre 64,2 et 58,8 ». Ces résultats sont donc bien loin d’un score parfait de 100. Ce constat est d’autant plus vrai quand on reconnaît que le Canada a tout à envier aux pays de l’Union européenne qui embrassent carrément l’entrepreneuriat en ce moment.
Je me réjouis néanmoins de l’initiative de la FCEI. C’est très encourageant que d’autres joueurs mesurent l’entrepreneuriat! De notre côté, nous continuerons à suivre l’entrepreneuriat canadien de près, par la mesure, dans le but de l’amener un pas plus loin… Il en a bien besoin! Suivez nos publications en 2010 et en attendant, vous pouvez consulter les résultats de l’Indice entrepreneurial québécois 2009.
En terminant, je suis curieuse : aviez-vous lu les résultats de l’étude de la FCEI? Est-ce que ces résultats avaient semé le doute en vous?

Oui, je l’avais lu et je n’ai pas comprie les résultats!!!
Merci de répondre à mes questions.
Surpris? Quand même un peu… puisque Joliette, a connu une année EXTRA-ORDINAIRE au niveau du développement économique en terme d’accueil de nouvelles entreprises et de créations d’emplois. Nous nous attendions à obtenir un bon score. De là à être nommé numéro au Québec, c’est autre chose. Cependant, il faut avouer que, chez nous, ça ne fait que souligner les efforts soutenus de nos élus à faciliter la tâche aux entreprises de chez nous et à celles qui s’intéressent à notre coin de pays (étant également un critère de la FCEI). De plus, les efforts déployés pour que le secteur municipal et les organismes de développement économique se rapprochent des entrepreneurs et de leurs besoins ont été une priorité au cours des trois dernières années. Il faut donc avouer qu’à Joliette on se considère privilégié que l’étude de la FCEI se soit attardée à nos priorités des dernières années!
Je suis parfaitement en accord avec vous! Je suis fortement d’avis que l’ensemble de la « chaîne alimentaire » de l’entrepreneuriat doit être mesuré, sans quoi nous obtenons un portrait incomplet de la situation et des efforts investis aux mauvais endroits.
Je témoignais seulement, dans mon billet, que nous devons comparer « des pommes avec des pommes » et mesurer séparément l’entrepreneuriat réel, potentiel et les facteurs explicatifs de ce même entrepreneuriat. À constater les efforts investis par Joliette, il me semble que vous auriez possiblement enregistré un score élevé dans les trois catégories, vous permettant d’accéder à un très bon classement. Toutefois, je ne crois pas que ce constat puisse s’appliquer à l’ensemble du top 10 décrit dans le rapport de la FCEI…
Mes compliments pour la concertation que vous me décrivez à Joliette, incluant le politique, le socioéconomique, le municipal… C’est définitivement par la concertation et la mobilisation locale qu’on peut amener l’entrepreneuriat un pas plus loin!
Merci pour cette analyse et cette critique. J’étais moi-même intrigué par la présence d’Alma et de Val d’Or dans ce top ten, tandis que le GEM et Nathaly Riverin classent les régions de l’Abitibi-Temiscamingue et du Saguneay-Lac-St-Jean aux derniers rangs des régions « entrepreneuriales » du Québec.
Je me pose également des questions sur la validité et la représentativité des sondages maisons de la FCEI?
Contrairement à vous, je crois qu’il faut cependant relativiser la catégorie « présence ». « Relativiser », car une ville comme Montréal obtient un pourcentage faible de sa population entrepreneur. Une ville comme Montréal demeure néanmoins un lieu où il y a beaucoup d,entrepreneurs en terme absolus et constitue donc un endroit privilégié pour être en contact avec des réseaux et des milieux entrepreneurs, même si le nombre relatif d’entrepreneurs y est bas. Comment relativiser ce pourcentage sans perdre de vue la réalité?