Je suis retournée dernièrement dans ma région natale du Saguenay-Lac-Saint-Jean pour assister à un conventum où étaient réunis plusieurs de mes anciens compagnons d’école.
Analyste Ă la Fondation de l’entrepreneurship, vous vous doutez bien que j’adore « faire parler les chiffres ». Plus encore, je ne manque jamais une occasion de confronter les statistiques Ă la rĂ©alitĂ©. Vous voyez bien oĂą je veux en venir : ces retrouvailles se sont avĂ©rĂ©es ĂŞtre un lieu propice Ă la confrontation terrain! Nous Ă©tions près de 65 personnes Ă ce conventum. ça peut sembler un peu simpliste… mais la toute première règle que j’ai apprise dans ce merveilleux monde de la mesure est qu’il fallait un Ă©chantillon supĂ©rieur Ă 30 pour que ce soit reprĂ©sentatif. J’avais mon Ă©chantillon devant moi!
Comme tout coquetel, les gens ont naturellement commencé « doucement », en parlant de leur vie de famille, de leurs enfants, etc. En glanant de l’information ici et là , j’ai appris que 2 personnes sur 65 attendent ou ont des jumeaux (soit 3,1 % de mon échantillon). On parle ici de la réalité. Surprise? Qu’à moitié. Les chiffres témoignent que 2,9 % de toutes les naissances ayant eu lieu au Canada en 2005 étaient des accouchements « multiples » et cette proportion augmente depuis 1981! On est donc très près!
Mais encore… Comme tout coquetel qui se respecte, les gens ont rapidement bifurquĂ© pour parler de leur carrière, de leurs passions, de leurs ambitions. Vous savez sans doute que la Fondation de l’entrepreneurship rĂ©alise, en collaboration avec LĂ©ger Marketing, un sondage, dĂ©nommĂ© l’Indice entrepreneurial, qui Ă©tudie les entrepreneurs actuels et en devenir. La statistique? 7,3 % des 18 ans et plus du QuĂ©bec possèdent une entreprise, qu’ils partagent ou non avec d’autres propriĂ©taires. La rĂ©alitĂ©? Renversante! 4 anciens compagnons sur 65 (6,2 %) possèdent une entreprise, en tout ou en partie. Et on sait, au fil des Ă©tudes rĂ©alisĂ©es, que le Saguenay-Lac-Saint-Jean se situe sous la moyenne nationale en matière de propriĂ©tĂ© d’entreprise.
Et ce n’est pas fini! Vous imaginez bien que les gens étant actuellement en affaires ont suscité plus particulièrement mon attention. À ce sujet, selon une étude que nous avons réalisé portant sur des données de 2009, nous trouvions qu’environ 1,6 % de la population canadienne réalisait des démarches de création, sans que ce soit leur première expérience d’affaires. Bref, ces personnes passionnées et passionnantes sont actives à plus d’une étape du processus entrepreneurial (ex. : démarcheur qui a déjà fermé une entreprise, propriétaire en train de créer une autre entreprise, etc.). Encore une fois, la réalité est en tous points similaires aux statistiques disponibles! Très précisément, 1,6 % des personnes présentes lors de ces retrouvailles s’avèrent être des entrepreneurs en série (1 entrepreneur sur les 4 présents).
Je suis complètement stupéfaite de réaliser à quel point un sondage imaginé à brûle-pourpoint, sans aucune considération aux marges d’erreur, aux méthodologies probabilistes ou non, à la représentativité de l’échantillon, et, en plus, non pondéré (en d’autres termes sans aucune méthodologie outre un n > 30), permet de dépeindre la réalité avec, tout au plus, 1 point de pourcentage d’écart…
J’ai entendu à maintes reprises des gens « antisondages » parler de fabrication de l’opinion plutôt de mesure de celle-ci. J’ai même entendu certaines personnes traiter de la nécessité de faire un sondage sur les sondages (paradoxal non?) À mon avis, tant que le sujet de recherche demeure une affaire de personnes, ce qui est le cas en entrepreneuriat, le sondage demeure le meilleur moyen de le mesurer.
Ne voyez-vous pas, comme moi, la qualité de l’information qu’on peut aller chercher en réalisant des sondages respectant l’ensemble des critères méthodologiques énumérés ci-dessus?