Un nouveau virus frappe les Français : l’envie d’entreprendre! Française d’origine, j’ai été interpellée par la fièvre de l’auto-entrepreneuriat que connaît la France depuis le début d’année. Est-ce contagieux? J’ai voulu explorer un peu plus.
230 649. C’est le nombre de demandes de création d’entreprise sous le nouveau régime de l’autoentrepreneur selon les données de l’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques). Wow! Semble que l’entrepreneuriat ne connaît pas la crise. Moi qui pensais la France plus « bureaucrate » et un peu plus paresseuse avec sa semaine de 35 heures, son fort taux de chômage et ses innombrables jours de congé, je me trompais.
Alors que la France vit un véritable tsunami entrepreneurial, le Québec, lui, n’a jamais été aussi pauvre en entrepreneurs. Presque deux fois moins d’expériences entrepreneuriales au Québec comparativement au reste du Canada. Est-ce que le Québec peut surfer sur la vague de l’autoentrepreneuriat? L’article du journal Les Affaires à ce sujet m’a fort intéressée. François Hurel, un des pères fondateurs de l’autoentrepreneuriat, y est interrogé. Il me conforte dans l’idée que le Québec peut renverser la vapeur et redevenir le Québec entrepreneurial tant idéalisé. Pour cela, il suggère de s’inspirer d’autres modèles et… d’attraper le virus de l’autoentrepreneuriat. En d’autres mots : développer l’intérêt, les valeurs et la culture entrepreneuriales, la culture du risque, de la persévérance et du travail acharné.
Le statut d’autoentrepreneur, une formule gagnante?
Mais qu’est-ce que l’autoentrepreneuriat, au juste, notamment en comparaison avec l’entrepreneuriat « tout court »?
D’abord, le statut d’autoentrepreneur, en vigueur depuis janvier 2009, rassure tous les créateurs en herbe. Moins de paperasse, une entrée en douceur dans le monde des affaires… l’envie d’entreprendre ne peut qu’être stimulée dans ces conditions. Il ne suffit que de 10 petites minutes pour s’immatriculer et démarrer son entreprise via Internet. Le tour est joué. Chacun peut prétendre être chef d’entreprise. Le Portail du gouvernement du Premier ministre français nous résume bien les avantages : formalités réduites au minimum, cotisations et charges sociales à taux réduits, charges fiscales proportionnelles au chiffre d’affaires. En bref, selon François Hurel, quand vous gagnez un euro, vous payez 13 % en charges sociales et fiscales. Si vous ne gagnez rien, vous ne payez rien. Un vrai coup de pouce pour ceux qui souhaitent « tenter le coup » en affaires ou tout simplement ceux qui souhaitent augmenter leur pouvoir d’achat avec une activité complémentaire. Dans l’Hexagone, plus d’une entreprise sur deux est créée sous ce statut.
Faire le grand saut
Curieuse de prendre le pouls auprès de la population, j’ai bavardé avec un de mes amis français, un jeune graphiste. Il m’a confié qu’il a été littéralement emballé par ce statut… mais que la réalité l’a très vite rattrapé. Dans un pays comme la France, où le taux de chômage des moins de 25 ans atteint 23 %, un des pires scores de l’OCDE pour reprendre les données du magazine Capital, il est très dur de faire sa place en tant qu’entrepreneur. Mon ami a fait faillite seulement 6 mois après avoir lancé son entreprise de graphisme en ligne. La raison : pas suffisamment de clients pour vivre. Ce témoignage vaut ce qu’il vaut. Il ne représente qu’un avis parmi les quelque 200 000 créateurs d’entreprises. Et peut-être que mon ami n’a pas fait « ce qu’il fallait ». Pourtant, l’évidence tombe sous le sens pour ce blogueur : « l’autoentrepreneur a peu de crédibilité vis-à -vis des partenaires et fournisseurs, notamment car il n’y a pas d’inscription à la chambre de commerce et aucune possibilité d’enregistrer officiellement un nom commercial. C’est le nom propre du créateur qui figure sur les documents officiels».
Dans les faits, le statut d’autoentrepreneur est donc ni plus ni moins que l’équivalent du statut de travailleur autonome au Québec. Et qui dit travailleur autonome dit entreprise individuelle. Habituellement, à moins de passer à la vitesse supérieure et de changer de statut d’entreprise, le travailleur autonome ne crée pas d’emploi et ne réussira pas, à lui seul, à assurer le développement économique d’une région, d’une province ou d’un pays.
Adopter le statut d’autoentrepreneur ou pas, telle n’est pas la question finalement. Il s’agit d’une nouvelle tendance, populaire et qui porte fruit, de laquelle le Québec peut s’inspirer, notamment pour cultiver la fibre entrepreneuriale et entraîner le muscle du risque chez ses citoyens. La France a trouvé cette solution pour contrer son problème de chômage. Ici, le modèle à développer est celui qui nous permettra de répondre à nos priorités. Le travail autonome se porte relativement bien au Québec. Ainsi, je suis d’avis qu’on pourrait pousser la machine un peu plus loin et amener nos entrepreneurs à viser encore plus haut.
Bonjour,
En tant que français d’origine, entrepreneur au QuĂ©bec et Mentor de la Fondation de l’entrepreneurship, vous pouvez imaginer combien votre billet m’a interpellĂ©.
Le succès du statut d’auto-entrepreneur tient Ă mon sens Ă 2 facteurs, l’un conjoncturel qui est la crise qui est encore durement ressentie en France, le second contextuel avec l’arrivĂ©e du nouveau statut d’auto-entrepreneur qui permet de se lancer en affaires plus facilement qu’avant en raison des simplifications administratives qui ont Ă©tĂ© adoptĂ©es. Ces deux phĂ©nomènes couplĂ©s ont permis Ă beaucoup de français (qui avaient dĂ©jĂ Ă mon sens une envie d’entreprendre) de franchir le pas en le voyant comme le moment oĂą jamais. Je ne crois pas par contre que ce statut ait « rĂ©veillĂ© » l’entrepreneurship français qui souffrait d’une certaine frilositĂ© des gens plus par peur de l’Ă©chec (qui n’est pas du tout tolĂ©rĂ© en France comme il l’est aux Etats-Unis par exemple), il a Ă©tĂ© seulement un catalyseur.
Enfin pour parler de rĂ©ussite et pour prendre le cas de l’ami que vous citez, je pense que le statut d’une compagnie n’est pas un gage de rĂ©ussite : entreprendre reste un (beau) dĂ©fi et c’est l’entrepreneur qui est l’acteur de son propre succès.
Bien cordialement.
Francis Bélime
En complĂ©ment de ces remarques très intĂ©ressantes, il est important d’ajouter que le taux de dĂ©faillance des autoentreprises s’avère – pour le moment – plus Ă©levĂ© que les autres catĂ©gories d’entreprises : soit en moyenne, 6 autoentrepreneurs sur 10 sont obligĂ©s d’arrĂŞter leur activitĂ© au bout de six mois, faute de chiffre d’affaires suffisant pour vivre convenablement de leur activitĂ©.
Cette situation est souvent due au fait que la facilitĂ© de l’enregistrement juridique et administratif de l’autoentreprise donne Ă penser que crĂ©er une entreprise est finalement très simple. Or, dans la pratique, il n’en est rien. MĂŞme un autoentrepreneur doit rĂ©aliser un plan d’affaires (ou business plan) sĂ©rieux et prĂ©cis. A dĂ©faut, l’autoentrepreneur va droit Ă l’Ă©chec, dans la mesure oĂą il est privĂ© d’une vĂ©ritable « boussole » ou « feuille de route ». Or, comme disait le philosophe grec SĂ©nèque, « (…) Il n’y a pas de vent favorable pour celui qui ne sait pas oĂą il va (…) ».
Par ailleurs, certaines activitĂ©s Ă©conomiques peuvent difficilement ĂŞtre rentable sous la statut autoentrepreneur. En effet, contrairement Ă une entreprise individuelle classique, ce statut ne permet pas de dĂ©duire ses charges du chiffre d’affaires, et la TVA payĂ©e sur ces dernières n’est pas non plus rĂ©cupĂ©rable (situation similaire Ă celle du consommateur, qui est en dĂ©finitive le seul Ă payer rĂ©ellement la TVA lors de ses achats quotidiens).
En consĂ©quence, lorsque l’activitĂ© en autoentreprise nĂ©cessite d’importants investissements ou charges de fonctionnement (comme la nĂ©goce de marchandises ou la fabrication de produits Ă coĂ»ts de production Ă©levĂ©s), il s’avère quasiment impossible de pouvoir alligner ses prix par rapport aux concurrents en EURL ou en entreprise individuelle classique, sous peine de vendre Ă perte.
Dans la pratique, ce statut est donc surtout favorable pour les prestations de services ne nĂ©cessitant pas beaucoup de charges et d’investissements : conseil, formation, services de dĂ©pannage ou maintenance informatique, services Ă la personnes, tĂ©lĂ©secrĂ©tariat, etc.
Mais Ă condition nĂ©anmoins de ne pas dĂ©passer les seuils de chiffre d’affaires fixĂ©s par la loi (soit 32 000 € HT pour les prestations de services, et 80 000 € HT pour la nĂ©goce et la vente de produits fabriquĂ©s).
Bonjour
Oui, l’autoentrepreneur français est Ă peu près l’Ă©quivalent du travailleur autonome, et vous dites Marie-Christine il ne créé pas d’emploi. Mais si, il créé son propre emploi, c’est dĂ©jĂ Ă©norme, de surcroĂ®t en temps de crise. Avant de crĂ©er ma propre entreprise, j’Ă©tais directrice d’une boutique de gestion (association française d’aide Ă la crĂ©ation d’entreprise)et la simplification administrative que connait le statut d’autoentrepreneur est un vrai bonheur, mĂŞme s’il a ses limites comme l’explique Pierre. De plus, lorsque l’on sait que 3/4 des entreprises créées en France le sont d’abord avec la seule crĂ©ation de l’emploi du crĂ©ateur, cela peut donner un peu d’espoir. A contrario, cela permet aussi aux salariĂ©s de crĂ©er (ou de rĂ©gulariser) une activitĂ© annexe, …Je suis dĂ©jĂ venue deux fois en voyageau QuĂ©bec pour affaires, et il est Ă©vident pour moi que les QuĂ©becquois ont un dynamisme entrepreneurial plus grand dans le sens ou, je rejoins Francis, en France l’Ă©chec est si mal vu qu’il vaut mieux ne pas entreprendre sinon on « risque de se planter ». Je suis bien placĂ©e pour savoir que la plupart des organismes d’accompagnement commencent toujours par parler d’Ă©chec, de dĂ©faillances (c’est encore ce que vous faites Pierre), lĂ ou les QuĂ©becquois parlent plutĂ´t de premier essai. Mais vous avez aussi une politique beaucoup plus libĂ©rale que la nĂ´tre. Pour ma part,quand je suis venue au QuĂ©bec je me suis dit « enfin des gens qui pensent comme moi par rapport Ă l’Ă©chec ». Ce que je veux dire c’est qu’il ne faut pas masquer les problemes et faire croire que le statut d’autoentrepreneur permettrait de se dĂ©gager d’une prĂ©paration de son projet ou d’un accompagnement(ce que Pierre explique parfaitement), mais c’est dans la culture française, on ne prĂ©pare pas les jeunes Ă l’Ă©cole Ă avoir cette culture entrepreneuriale comme elle peut ĂŞtre faite au QuĂ©bec ou dans les pays nordiques. Je suis intervenue dans de nombreuses Ă©coles pour parler du sujet est la vision des jeunes est catastrophique sur l’entrepreneur. Des interviews montrent que beaucoup de jeunes voudraient ĂŞtre fonctionnaires…Mais, ça et lĂ , des initiatives se mettent en place et les choses avancent. Ce nouveau statut est un maillon, il en faudra d’autres.
Je suis chef mentor dans la rĂ©gion Haute Yamaska et rĂ©gion et suis mentor depuis 9 ans. Je suis dĂ©solĂ©e de constater que notre belle rĂ©gion du QuĂ©bec arrive dernière au niveau entreprenarial malgrĂ© tous les efforts que les mentors dĂ©ploient auprès de leurs mentorĂ©s. Nous sommes une Ă©quipe de 34 mentors tous très dĂ©vouĂ©s et convaincus de notre mission, mais constater de tels rĂ©sultats n’est pas très encourageant. Devons-nous envisager l’auto-entreprenariat comme en France?